Opinion

Histoire de l'audio - De l'analogique au MP3 et au-delà

Bastien Ernst - Digital Content Producer, Bridge.audio

Bastien Ernst

Digital Content Producer, Bridge.audio

Homme allongé sur un tapis écoutant de la musique

Plus de 120 000 titres finis sont mis en ligne chaque jour sur Spotify. Si l’on considère toutes les versions en cours (démo, v1, v2, stems, premaster…) et toutes les personnes impliquées (artistes, ingénieurs du son, managers, labels, médias…) ces 120 000 titres sont le résultat de millions de fichiers audio échangés. Dans cet article, nous en apprendrons plus sur l’histoire de ces fichiers qui ont facilité l’enregistrement, la manipulation, la production de masse et la distribution du son.

Une brève histoire de l’enregistrement analogique

L’enregistrement du son dans des “fichiers” a été rendu possible il y a deux siècles avec l’invention du phonautographe. Le Français Édouard-Léon Scott de Martinville a breveté en 1857 une machine capable d’enregistrer les ondes sonores. Il utilise une trompette acoustique reliée à un diaphragme dont la vibration fait vibrer un stylet qui écrit dans la cire ou dans une feuille d’étain.

Le premier enregistrement de voix humaine a été réalisé grâce au phonautographe en 1860. Il contient la voix de Scott de Martinville chantant “Au clair de la lune”, une chanson française. Le phonautographe ne pouvait qu’enregistrer de la musique, pas la jouer. Le phonographe inventé par Thomas Edinson en 1877 a été la première machine populaire capable d’enregistrer de la musique sur un cylindre phonographique. 10 ans après le phonographe, le gramophone d’Emile Berliner inventé en 1887 a permis d’enregistrer sur disque…

Le stockage audio analogique est basé sur le même principe, du cylindre de phonographe à la cassette compacte. Le son a des formes d’ondes physiques qui sont transformées en signaux électromécaniques de la forme d’onde à l’aide d’un transducteur. Pour être lu, le processus est inversé avec une amplification et une reconversion en forme d’onde physique.

De l’analogique au digital

L’audio numérique est le résultat d’un processus de conversion en deux étapes à partir de fichiers analogiques :

L’échantillonnage (Sampling) : Au cours de cette étape, le signal audio analogique continu est mesuré à intervalles réguliers. Ces intervalles sont appelés “taux d’échantillonnage”. Un taux d’échantillonnage élevé signifie qu’il y a plus de mesures par seconde, ce qui conduit à une représentation plus précise du signal analogique d’origine. Les taux d’échantillonnage courants sont de 44,1 kHz (utilisés pour les CD) et de 48 kHz (utilisés pour la production vidéo et audio numérique).

Quantification : Après l’échantillonnage, une valeur numérique est attribuée à chaque mesure. Ce processus est appelé “quantification”. La gamme des valeurs possibles dépend de la “profondeur de bits”. Une profondeur de bits plus élevée permet une représentation numérique plus précise du signal analogique, ce qui se traduit par une meilleure qualité sonore. Les profondeurs de bits courantes sont de 16 bits (utilisées pour les CD) et de 24 bits (utilisées pour la production audio professionnelle).

Le Pulse-code-Modulation (PCM), première technique d’enregistrement numérique a été inventé par Alec Harley Reeves en 1938 mais c’est en 1971 que sont sortis les premiers enregistrements numériques The World Of Stomu Yamash’ta 1 & 2 de Stomu Yamash’ta (11 janvier 1971) et Something de Steve Marcus & Jiro Inagaki (25 janvier 1971). Six ans plus tard, en 1977, est sorti le Sony PCM-1 de la société japonaise Sony, un enregistreur distribué commercialement capable de convertir l’audio analogique en support numérique et de le stocker sur des cassettes VHS.

Photo d’un écran montrant une représentation d’un signal analogue

De l’enregistrement au fichier

L’enregistrement de la musique a impliqué la création de nouveaux formats pour stocker la musique. Les formats musicaux ont beaucoup évolué depuis la cire des cylindres et les premiers disques. Les formats analogiques les plus connus sont les disques de phonographe et les cassettes audio, qui ont été particulièrement populaires après la Seconde Guerre mondiale, car les voitures étaient équipées de systèmes de lecture mobiles qui acceptaient ces formats.

Dans les années 1980, l’enregistrement audio numérique a commencé à prendre son essor. Les premiers fichiers audio numériques ont été stockés sur des disques durs d’ordinateurs, mais ils ont rapidement été remplacés par des disques compacts (CD). Les CD offraient un certain nombre d’avantages par rapport aux formats analogiques, notamment une meilleure qualité sonore, une plus grande durabilité et une meilleure portabilité.

L’essor du fichier MP3

L’apparition du fichier MP3 est une histoire fascinante. Le premier format de fichier audio numérique était le fichier WAV, qui est encore largement utilisé aujourd’hui. Cependant, les fichiers WAV sont relativement volumineux, ce qui les rend peu pratiques pour le stockage et le partage de la musique.

En 1991, la société Fraunhofer en Allemagne a développé un nouveau format de fichier audio numérique appelé MP3.** Les fichiers MP3 sont beaucoup plus petits que les fichiers WAV**, tout en offrant une bonne qualité sonore. Cela a été rendu possible par l’utilisation d’un algorithme de compression avec perte, qui élimine une partie des données sonores originales afin de réduire la taille du fichier. Toutefois, la quantité de données éliminées est soigneusement contrôlée, de sorte que la qualité sonore obtenue reste acceptable.

Les premiers lecteurs MP3 commerciaux ont été commercialisés en 1998 et le format est rapidement devenu populaire. En 2000, le MP3 était le format dominant pour la musique numérique.

Photo de mains parcourant une pile de CD

Les fichiers MP3 sont généralement 10 à 12 fois plus petits que les fichiers WAV de même longueur. Ils sont donc beaucoup plus faciles à stocker et à partager, en particulier sur internet. La popularité du MP3 a conduit au développement d’un certain nombre de nouvelles technologies, telles que les lecteurs MP3 et le partage de fichiers peer-to-peer. Ces technologies ont permis aux gens d’écouter de la musique en déplacement et de la partager facilement avec d’autres.

L’essor du MP3 a également eu un impact significatif sur l’industrie musicale. La possibilité de copier et de partager facilement des fichiers musicaux a entraîné une baisse des ventes d’albums de musique physiques. Cependant, elle a également offert aux artistes de nouvelles possibilités d’atteindre un public plus large. Par exemple, les artistes pouvaient désormais publier leur musique en ligne sans avoir besoin d’une maison de disques.

Le format de fichier MP3 est encore largement utilisé aujourd’hui, et il est probable qu’il le restera pendant de nombreuses années. Il s’agit d’un format polyvalent et efficace qui a permis aux gens d’apprécier la musique d’une manière qui n’avait jamais été possible auparavant.

L’impact du MP3

L’introduction du MP3 a eu un impact profond sur l’industrie musicale. Il a permis de partager facilement des fichiers musicaux, ce qui a entraîné une baisse des ventes de CD. Toutefois, il a également entraîné l’essor des magasins de musique en ligne, tels qu’iTunes et Spotify.

Le MP3 a également eu un impact majeur sur la manière dont les gens écoutent la musique. Avant le MP3, les gens écoutaient généralement de la musique sur des CD ou des cassettes. Cependant, les lecteurs MP3 ont permis d’écouter de la musique sur des appareils portables, tels que les ordinateurs portables et les smartphones. Cela a entraîné une augmentation spectaculaire de la quantité de musique écoutée.

Photo d’un vieux studio d’enregistrement partant en flammes

Autres formats de fichiers audio et leur utilisation

Le MP3 est le format de fichier audio le plus répandu, mais il en existe de nombreux autres. Chaque format a ses propres avantages et inconvénients, ce qui le rend adapté à différentes utilisations.

AIFF (Audio Interchange File Format) est un format audio sans perte souvent utilisé dans la production audio professionnelle. Les fichiers AIFF sont plus volumineux que les fichiers MP3, mais ils conservent la qualité sonore originale de l’enregistrement. Ils sont donc idéaux pour l’archivage d’enregistrements audio et la création de copies originales de pistes musicales.

FLAC (Free Lossless Audio Codec) est un autre format audio sans perte qui devient de plus en plus populaire. Les fichiers FLAC sont plus petits que les fichiers AIFF, mais ils conservent la qualité sonore originale de l’enregistrement. Ils constituent donc un bon choix pour le stockage et le partage de fichiers audio de haute qualité.

Dolby Atmos est un nouveau format audio immersif conçu pour être lu sur des systèmes de son surround équipés de haut-parleurs. Les fichiers Dolby Atmos sont beaucoup plus volumineux que les fichiers MP3, mais ils offrent une expérience d’écoute plus immersive et plus réaliste. Le Dolby Atmos est souvent utilisé pour les films et les émissions de télévision, mais il devient également de plus en plus populaire pour la musique.

WAV (Waveform Audio File Format) est un format audio sans perte qui est souvent utilisé dans la production audio professionnelle et pour l’enregistrement audio sur ordinateur. Les fichiers WAV sont plus volumineux que les fichiers MP3, mais ils conservent la qualité sonore originale de l’enregistrement. Ils sont donc idéaux pour l’archivage d’enregistrements audio et la création de copies originales de pistes musicales.

OGG est un format audio avec perte qui est souvent utilisé pour la diffusion audio en continu sur l’internet. Les fichiers OGG sont plus petits que les fichiers MP3, mais ils offrent une qualité sonore similaire. OGG est également un format open-source, ce qui signifie qu’il est libre d’utilisation et qu’il n’y a pas de restrictions de licence.

AAC (Advanced Audio Coding) est un format audio avec perte qui est similaire au MP3, mais qui offre une meilleure qualité sonore à débit égal. L’AAC est souvent utilisé pour la diffusion audio en continu et pour le stockage de la musique sur les appareils numériques.

M4A (MPEG-4 Audio File Format) est un format audio avec perte qui est souvent utilisé pour stocker et partager de la musique sur les appareils Apple. Les fichiers M4A sont similaires aux fichiers MP3, mais ils utilisent le codage AAC par défaut. Cela signifie que les fichiers M4A peuvent offrir une meilleure qualité sonore que les fichiers MP3 à débit égal.

Pourquoi le MP3 est-il autant utilisé ?

Comment le MP3 a ouvert la voie avec les balises ID3

Le MP3 a gagné la bataille des balises ID3 parce qu’il a été le premier format de fichier audio à les prendre en charge à grande échelle. Les balises ID3 sont de petits éléments de données qui peuvent être intégrés dans les fichiers audio pour stocker des informations telles que le titre de la chanson, le nom de l’artiste et le titre de l’album. Ces informations peuvent être utilisées par les lecteurs multimédias pour afficher les informations correctes lors de la lecture d’une chanson.

Lorsque le MP3 est devenu populaire, d’autres formats de fichiers audio, tels que WAV et AIFF, ne prenaient pas en charge les balises ID3. Le MP3 était donc un choix plus intéressant pour les utilisateurs qui souhaitaient pouvoir organiser et gérer leurs catalogues musicaux.

Au fil du temps, d’autres formats de fichiers audio ont commencé à prendre en charge les balises ID3, mais le MP3 est resté le format le plus populaire pour le stockage et le partage de la musique. Cela s’explique en partie par le fait que les fichiers MP3 sont plus petits que les autres formats de fichiers audio, et en partie par la prise en charge étendue des balises ID3.

Photo de 4 mains triant une boîte de vinyl à la recherche d’une chanson
Plus la peine de chercher pendant des heures dans votre collection de vinyles grâce aux tags ID3

Le débit de 320kbps, une autre raison du succès du MP3

320kbps est le débit le plus élevé supporté par le format de fichier MP3. Un débit plus élevé signifie qu’une plus grande partie de la qualité du son original est conservée. Cependant, cela signifie également que la taille du fichier est plus importante. Il est important de savoir que si un fichier MP3 a un débit inférieur à 320 kbps, les hautes fréquences auront tendance à disparaître.

Les fichiers MP3 à 320 kbps offrent le meilleur équilibre entre la qualité du son et la taille du fichier. Ils sont suffisamment petits pour être facilement stockés et partagés, tout en offrant une bonne qualité sonore. C’est pourquoi 320 kbps est le débit binaire le plus populaire pour les fichiers MP3.

L’avenir des fichiers audio

Le format MP3 reste le plus populaire pour la musique numérique, mais il n’est pas sans limites. Les fichiers MP3 sont compressés, ce qui signifie qu’une partie de la qualité sonore originale est perdue. Ce n’est pas un problème pour la plupart des gens, mais certains audiophiles préfèrent les formats sans perte, tels que FLAC.

Ces dernières années, les fichiers audio haute résolution ont suscité un intérêt croissant. Ces fichiers ne sont pas compressés, ce qui signifie qu’ils conservent la qualité sonore originale de l’enregistrement. Cependant, les fichiers audio haute résolution sont beaucoup plus volumineux que les fichiers MP3, ce qui les rend peu pratiques pour le stockage et le partage.

Au fur et à mesure que la technologie progresse, les vitesses de transfert de données pourraient bientôt dépasser la capacité des fichiers audio sans perte. Avec des méthodes plus rapides et plus efficaces de distribution et de stockage de la musique, l’avenir des fichiers audio promet d’être encore plus facile et de meilleure qualité.

Où stocker ses fichiers audio à l’ère numérique ?

À l’ère numérique, il existe de nombreuses façons de stocker des fichiers audio. Les disques locaux, les clés USB et les services de stockage en nuage sont autant d’options populaires.

Les disques locaux sont le moyen le plus courant de stocker des fichiers audio. Ils sont relativement peu coûteux et faciles à utiliser, mais ils peuvent être facilement perdus ou endommagés. Les clés USB sont un moyen portable de stocker des fichiers audio, mais elles peuvent également être facilement perdues ou endommagées. Les services de stockage en nuage offrent un moyen plus sûr de stocker des fichiers audio, car ils sont sauvegardés dans le nuage. Toutefois, ces services peuvent être plus coûteux que les disques locaux ou les clés USB.

Quelle que soit la méthode de stockage choisie, il est important de sauvegarder régulièrement vos fichiers audio. Vous protégerez ainsi vos fichiers en cas de perte ou de détérioration.

Bridge.audio est une plateforme de collaboration et de stockage audio basée sur le cloud qui offre un certain nombre d’avantages par rapport aux méthodes de stockage traditionnelles. Bridge.audio utilise des mesures de sécurité de pointe pour protéger vos fichiers audio, les rendant accessibles uniquement à vous et à vos collaborateurs.

Bridge.audio facilite également la collaboration avec d’autres personnes sur des projets audio, car vous pouvez partager des fichiers, suivre les modifications et laisser des commentaires. En outre, Bridge.audio est accessible depuis n’importe quel endroit disposant d’une connexion Internet, ce qui signifie que vous pouvez accéder à vos fichiers audio depuis votre ordinateur, votre tablette ou votre smartphone.

Si vous recherchez un moyen sûr, fiable et collaboratif de stocker vos fichiers audio, Bridge.audio est une excellente option. Bridge.audio offre évolutivité, flexibilité et assistance, ce qui en fait la solution idéale pour les musiciens de tous niveaux.

Bridge crée automatiquement une version MP3 de chaque fichier audio que vous téléchargez ! N’hésitez pas à utiliser Bridge comme convertisseur de fichiers MP3 😉

Capture d’écran de l’interface de Bridge.audio

La consommation d’énergie du stockage des fichiers audio

Le stockage de fichiers audio, comme toute autre donnée numérique, nécessite de l’énergie. Cette énergie est utilisée pour alimenter les appareils qui stockent les fichiers, ainsi que les centres de données qui les hébergent. La quantité d’énergie nécessaire au stockage des fichiers audio est relativement faible, mais au fur et à mesure que le nombre de fichiers et de lieux d’hébergement augmente, elle s’accumule et a un impact sur la consommation globale d’électricité.

En France, le secteur numérique représente 2,5 % de l’empreinte carbone nationale (ADEME-ARCEP 2022). Si ce chiffre reste modeste, compte tenu de l’augmentation du volume de données et du nombre de terminaux, il pourrait augmenter de +60% d’ici 2040 (Mission d’information sénatoriale sur l’empreinte environnementale de l’économie numérique 2020).

En moyenne, un projet musical nécessite 5 fichiers lors de la phase de création, échangés entre 2 participants. Le fichier final, quant à lui, est partagé entre 10 participants en moyenne (10 hubs de stockage), qui échangent une centaine d’emails. Dans le mode de fonctionnement historique de l’industrie, sans Bridge.audio, l’empreinte carbone de l’hébergement et des échanges de fichiers pour la conception d’un titre s’élève à 5 600g de CO2, soit l’équivalent d’un trajet de 25km en voiture.

Il est encore trop tôt pour dire quel sera l’avenir des fichiers audio. Toutefois, il est clair que le format MP3 ne restera pas éternellement le format dominant. Au fur et à mesure que la technologie se développe, de nouveaux formats de fichiers audio apparaîtront et offriront une meilleure qualité sonore et un plus grand confort d’utilisation.

En attendant, le MP3 reste le format le plus populaire pour la musique numérique. C’est un format polyvalent qui est pris en charge par la plupart des appareils. Si vous cherchez un moyen de stocker et de partager de la musique, le format MP3 est une bonne option.